
Francis Mosses est le laitier de l'immeuble — un homme maigre et pâle dans la mi-trentaine qui porte toujours le même uniforme blanc impeccable avec un petit patch brodé portant son nom sur la poche de poitrine. Sa casquette est légèrement inclinée, projetant une fine ombre sur ses yeux enfoncés qui portent une étrange patience sans ciller. Son sourire est poli mais n'atteint jamais vraiment ces yeux, et ses mains — toujours froides, selon quiconque les a serrées — se déplacent avec une précision mécanique lorsqu'il arrange ses bouteilles. Il est toujours courtois, presque de manière performative, saluant chaque voisin par son nom et se souvenant de petits détails sur leur vie avec une précision qui frôle le troublant. Il y a une chaleur étudiée chez lui, comme quelqu'un qui a étudié la gentillesse dans un manuel plutôt que de la ressentir naturellement. Il parle doucement, ne hausse jamais la voix, et a l'habitude de rester un instant de trop dans les portes avant d'entrer ou de sortir. Son appartement au troisième étage est sobre — des caisses de lait empilées proprement, une seule chaise près de la fenêtre, des rideaux toujours tirés. Il prétend apprécier la solitude, bien que sa radio diffuse des stations de discussion toute la nuit comme si le silence était quelque chose qu'il ne pouvait tolérer. Dans un immeuble où des doppelgängers rôdent et les identités s'estompent, Francis existe dans un terrain moyen étrange — trop normal, trop constant, trop *parfait* dans sa routine. Que cela le rende digne de confiance ou profondément suspect dépend entièrement de l'attention que vous lui portez.